L’Afrique « voyage en terre que l’on croit tant connaître ».

Primitifs ou … Complexes ?

Depuis de nombreuses années, lorsque je veux parler de l’Afrique, je commence toujours par essayer de poser les bases permettant à un Occidental d’entrer en douceur dans nos mondes. Nos mondes car si je suis blanc de peau, je suis Nègre de culture et d’animalité. Nègre* et ne le cache pas.

Pour vous parler de l’Afrique, il faut que je commence par me situer dans cette Afrique. J’ai eu la chance de naître sur la terre de toutes les légendes. Blanc de peau, un peu Nègre dans mes rêves et nomade dans mes veines, je cours la brousse dans ces rêves d’enfance que je n’ai pas oublié comme sur les mille pistes défoncées qui parcourent ces mondes en agonie et en devenir. Plus que l’homme d’une culture, ou de multiples cultures, de cette diversité j’ai hérité d’un regard. Mais je suis aussi orphelin d’une terre qui est mienne et qui me rejette, car Nègre je suis, mais blanc ! Déraciné à jamais, comme mes frères Nègres, Arabes, de l’Afrique au Moyen-Orient et à l’Asie, comme eux lorsqu’ils vivent chez vous, je suis d’un monde autre que ma culture. De cette enfance sans clôture, sans limites physiques, de cet espace entre magie et réalités, de cette sensation que le temps de mon monde est celui d’hier, comme tous mes frères, je regarde le présent dans la mémoire de mes ancêtres imaginaires.

 

Si je suis un peu ce messager, je dois pouvoir vous guider dans ces espaces vous qui n’êtes pas initiés. Vous qui êtes simple. Ce n’est pas une injure ou un reproche, c’est ce qui fait que vous ne pouvez pas vraiment nous comprendre, les comprendre. Cette différence de complexité est à l’origine de tant de malentendus depuis tellement de siècles entre l’Occident, l’Orient et l’Afrique.

 

A votre naissance, vous avez été confronté à une langue, peut être deux, rarement plus ! Vous avez baigné dans une culture unique, quelque fois deux, rarement plus ! Vous avez grandi dans un monde de plus en plus uniforme, presque monolithique. Vous avez appris un métier, vous pratiquez ou non une religion, mais de toute façon votre culture en est issue. Cette religion est monothéiste, un peu orientale tout de même, mais bien épurée.

Vous êtes dans le monde du simple, du binaire. J’en suis aussi un peu, un peu moins que vous, mais encore beaucoup trop pour tout comprendre.

 

Pour expliquer la difficulté d’entrer dans cette complexité – quand elle n’est pas celle de notre culture de naissance -, je vous reprendrai mon exemple. Je suis blanc, j’ai du sang breton et arabe dans les veines, suis de culture française judéo-chrétienne, athée, ayant reçu une solide culture religieuse catholique, né en Afrique noire à l’aube des indépendances, de troisième génération à vivre en Afrique noire. J’ai reçu une éducation « à la française », culture, ouverture d’esprit, notion du monde, humanisme,… Passionné de brousse, de nature, de faune sauvage mais aussi, ou peut-être surtout, envie de rencontrer, de connaître, de comprendre les peuples oubliés. Je suis allé à la rencontre de l’Afrique d’hier, mais aussi de celle d’aujourd’hui. Je suis entré dans le monde des légendes, je suis capable de circuler et de vivre dans les quartiers « interdits » de nos grands bidonvilles. Je suis initié à très haut niveau, je « porte la peau » (mes parents Nègres comprendront cette information),… N’importe où, en Afrique noire, je suis reconnu comme un Nègre (blanc), un Maître traditionnel qui peut présider une de ces cérémonies « réservées » au bois sacré, et pourtant ! Je crois, je pense n’entrevoir que cinquante pour cent des événements qui m’entourent et comprendre cinquante pour cent de ceux que j’ai entre-aperçu. Si je ne me trompe pas, je comprends donc, au mieux vingt-cinq pour cent de ce qui se passe autour de moi, et pour un Nègre blanc, c’est énorme !

 

Je me souviens avoir eu vent de cette histoire tellement africaine, tellement représentative de la distance qui sépare nos univers. C’est celle d’un ethnologue français qui a rencontré  – je n’aime pas le terme découvert -, le monde des Dogons. Les Dogons c’est ce peuple qui vit notamment dans les falaises de Bandiagara entre Mali et Burkina-Faso. Il a été fasciné par ce peuple et a fini par vivre parmi eux. Il les a aimés, observés, décrits dans des ouvrages et des articles, il était de loin le Blanc et l’ethnologue qui les connaissait le mieux… Il était sans doute un des blancs qui connaissait le mieux un peuple africain. Il disait les connaître, les comprendre, il pensait être initié, il disait être initié.

Au bout de vingt années passées à partager leur quotidien, un jour, un homme vint lui dire que les anciens voulaient le voir. Il se rendit au milieu d’eux. Un ancien lui dit alors quelque chose comme :

 

– Tu vis parmi nous depuis longtemps, tu nous respectes, si tu le veux, nous t’apprendrons, nous t’initierons.

 

Alors commença sa réelle initiation. Alors il entra pour la première fois dans la réalité d’un monde complexe, tellement complexe qu’il dit qu’avant,  il ne savait rien de ce peuple. Il découvrit que chaque geste, chaque couleur de vêtement, chaque tapotement sur une calebasse était langage, remarque, appel, refus, demande… Il comprit que lorsqu’il tentait d’identifier le sens caché des choses en observant deux ou trois critères, il était loin des réalités de ce monde. C’est par des dizaines de détails, fugaces pour la plupart, que l’on pouvait comprendre ce monde.

 

Comprenez-moi, je ne veux pas jouer la musique du bon sauvage supérieur, je veux juste enlever un énorme malentendu entre vous et eux. Entre eux et moi.

 

Nous faisons comme eux. Lorsque nous discutons, nous cherchons à analyser l’autre, à comprendre où il veut aller. Nous pensons le faire en temps réel. Dans ces mondes, car ils sont très variés, on doit être capable d’entrer en temps réel dans la pensée de son interlocuteur. Dans sa pensée et donc dans ce que l’on aura compris de sa culture. On ne répondra pas à ces questions par le simple énoncé d’un fait, on va là aussi essayer de comprendre où il veut aller. Mais ici, c’est presque vital. On va donc l’accompagner, si possible le devancer. On va lui faire la réponse qu’il attend, ou que l’on pense qu’il attend. On va parler des heures sans jamais aborder de front la question qui nous amène à nous rencontrer. On va la deviner, y répondre autrement. C’est à ce stade que la complication peut rejoindre la complexité. Car ne faites pas l’erreur de croire que complexité et complication ne font qu’un. La complication, c’est l’inutile de la complexité… comme le simplisme est le raccourci trompeur de la simplicité.

 

Mes frères Nègres, sont, depuis leur naissance, entourés de huit, neuf, dix, voire quinze langues différentes. Leur monde est celui des cultures qui s’entrechoquent, se croisent, se mêlent quelquefois, rarement. Ils sont un parmi tant d’autres êtres vivants. Ils sont et vivent de la diversité, de la complexité. Pour eux, tout est signal, message, avertissement, appel, refus, regard, écoute… Pour eux aucun acte n’est gratuit. Aucune maladie ne peut être que microbes, virus et autres bactéries. J’ai souvent entendu des Occidentaux parler de la simplicité des Africains ! Erreur ! Grossière erreur ! Mes frères sont tout sauf simples. Ils sont complexes, infiniment plus complexes que vous et moi. Ce n’est ni une qualité, ni une tare, c’est une réalité. Quand le niveau de complexité de votre pensée est de un, peut être deux, le leur est de dix… comme les Orientaux ou les Asiatiques !

 

Non seulement les réponses de mes frères vont se baser sur ceux qu’ils pensent que vous attendez, mais en plus, ils vont répondre à la question posée… pas à celle que vous pensiez poser. Je prends un exemple simple. Vous demandez à un homme de rencontre si vous pouvez dormir au bord de la rivière. Premièrement, en posant cette question, vous êtes-vous positionné en dominant ou en soumis ? Si vous vous êtes positionné en dominant, la réponse ne peut être qu’affirmative, même si la chose est dangereuse, voire interdite. Imaginons que vous avez réussi à faire passer le message, complexe, que vous êtes bien un dominant dans votre monde, mais qu’ici, vous reconnaissez la position dominante de votre interlocuteur. Votre positionnement devrait vous éviter d’avoir à payer un droit à votre « supérieur » tout en ayant une réponse relativement réaliste. Oui, mais vous aurez une réponse à quelle question ? Vous avez demandé s’il était possible de dormir à côté de la rivière. Cela veut dire techniquement possible, y a-t-il la place pour dresser un camp ? Légalement possible, est-ce autorisé ? Spirituellement possible, y a-t-il un fétiche à ne pas déranger, un tabou à respecter ? Est-ce un lieu sûr par rapport aux bandits et autres voleurs ? Y-t-il des bêtes sauvages qui peuvent représenter un danger comme des hippopotames ? Si vous n’avez pas posé toutes les questions, vous aurez une réponse correspondant à la question que votre interlocuteur aura comprise. Il peut très bien vous répondre « oui » parce qu’il pense que vous lui avez demandé si ce lieu ne comporte pas de tabou, alors que c’est interdit par une quelconque loi nationale, que des hippopotames passent par là pour aller se nourrir, qu’en cas de crue subite vous serez emporté… Puisque vous n’avez pas posé de question sur la faune sauvage et sur les inondations, votre interlocuteur pense simplement que vos compétences vous permettent de trouver les réponses vous-même… Comme n’importe quel voyageur d’ici !

 

Beaucoup d’incompréhension vient aussi du fait que dans ces cultures, rien n’est innocent ni gratuit et que vous, que moi, passons notre temps à envoyer des messages dont nous n’avons pas la moindre idée, nous n’en connaissons ni le sens, ni l’ampleur. De leur côté, mes frères cherchent en permanence à comprendre ces Blancs inaptes à analyser l’instant et qui passent leur temps à envoyer des messages incohérents et contradictoires,… et donc souvent à faire le contraire de ce qu’ils viennent d’annoncer !

 

Un Nègre, comme un Oriental ou un Asiatique va analyser votre être profond et traduire vos propos par rapport à votre moi-profond.

 

Pour exemple, après 2 heures de discussions sans aborder aucun sujet critique avec deux femmes Occidentales parentes de celle qui deviendra plus tard ma femme, mon parent et bras droit Assane, sort et me dit :

 

– Pourquoi la veille est méchante et pourquoi la jeune ment tout le temps (ce qui voulait principalement dire « elle se ment à elle-même ») ?

 

La première n’avait dit de mal de personne et la seconde n’avait menti sur rien durant ces deux heures de bavardage. Assane avait juste analyser leur être profond, le reste n’avait aucune importance à ces yeux !

 

Cette différence culturelle du niveau de complexité est la base de l’incompréhension qui est à l’origine de tant de frictions et de tant de trahisons de part et d’autre de nos cultures.

En entrant en Afrique – mais cela est aussi valable pour l’Orient ou l’Asie – vous entrez dans la complexité, ce n’est pas facile, ce n’est pas une notion de valeur, vous n’avez ni raison ni tord, c’est juste différent.

 

Une autre question nous divise. Notre monde n’est pas égalitaire. Mes frères Nègres ne sont pas assez stupides pour le croire égalitaire. Alors que faire ? Vous – nous – construisez ce que vous –  nous – espérez être des démocraties pour croire à cette égalité. C’est votre réponse, celle de vos – nos – cultures. Mes frères Nègres, eux, sont du monde de la mobilité mentale, ils jouent de la domination et de la soumission en temps réel. Un instant soumis, l’instant d’après dominateurs, ils cherchent à créer l’équilibre de l’instant. Ce sont des magiciens de l’instant.

 

Il y a quelques années de cela, alors que je vivais dans un quartier industrieux de Dakar, je côtoyais tous les jours deux « clans » de ferrailleurs. Lorsque j’avais besoin de leur acheter quelque chose, j’avais toujours la possibilité de me présenter en « Blanc dominateur », je savais donc que j’allais payer le prix fort, … même si ce ne serait pas celui qui aurait été appliqué à un « Blanc de France ». Mais en tant qu’Africain, que Nègre, il me suffisait de me présenter devant le chef de clan, de lui poser la main droite sur le ventre tout en le saluant et en l’appelant « Tonton » pour que ce dernier, non seulement ne puisse pas me refuser l’objet, même s’il en avait besoin, mais de plus ne puisse pas faire de bénéfice sur moi. Car en me plaçant en dessous de lui – l’oncle est le protecteur – je suis son obligé, … lui ne peut pas me refuser un bien dont j’ai besoin et ne peut prendre de marge sur moi.

 

Ici, nous passons notre vie à jouer à ces jeux complexes et jamais définitifs qui nous placent en position de force ou de faiblesse avec tout ce que cela implique de droits et de devoirs.

 

Enfin, une idée fort répandue pousse à penser que les Nègres ne sont pas fiables, qu’ils mentent, qu’ils volent, qu’ils sont imprévisibles… C’est  vrai ! C’est faux ! J’ai eu un atelier de mécanique dans un quartier particulièrement mal famé de Dakar, je n’ai jamais eu le moindre vol d’outil, de pièces, de matériel ou d’argent. J’ai toujours réussi à faire de la qualité en Afrique, alors que j’ai eu du mal à en faire autant en France, à cause des hommes ! En Afrique, je n’ai jamais eu à douter de mes hommes tant en ville qu’en brousse…Il est vrai que, justement, je les traitais en homme, ceci explique peut-être cela ! A Dakar, je n’ai eu qu’un vol… le bien m’a été restitué le lendemain par le clan qui dirigeait le quartier. Cela a couté la vie au voleur non que je soi une personnalité importante, mais une faute traditionnelle avait été comise et le clan devait retrouver la face, non vis à vis de moi, mais vis à vis de nos cultures.

 

L’Afrique est-il pour autant un continent facile ? Non, trois fois non, dix fois non ! L’Occident est facile, pas l’Afrique, pas l’Orient, pas l’Asie. Nous sommes dans le monde de la mobilité encrée dans l’immobilisme des traditions. Ca aussi, c’est un défi pour un Occidental. Moi-même, si je le sais, si je le ressens, à presque 60 ans, je suis encore incapable de prédire ce qui bougera et ce qui restera figé. Comment comprendre que ces mondes immobiles qui semblent incapables de s’adapter, brusquement, sans préavis, tournent en temps réel ? Un Nègre vous répondra souvent : Je ne peux pas le faire, le père de mon père ne le faisait pas ! Alors blocage ? Pas toujours, il faut juste trouver la clef qui ouvre le droit à l’adaptation. L’Afrique est immobilisme et adaptation, lenteur et vitesse.

 

L’Afrique est-elle tournée vers un passé trop complexe pour accéder au modernisme occidental ? Un peu quelquefois, mais pas vraiment. Si on prend l’exemple d’Internet, pour un Nègre (y compris au fin fond de la brousse), Internet n’est que la reproduction en plus simple de son mode de pensée. Internet est un langage « normal », « accessible », presque simple ! Autre exemple, suivez-moi dans un quartier de ferrailleurs de Dakar, venez assister à la naissance d’une voiture à partir d’un simple ensemble « moteur/boîte de vitesse » d’occasion « venant de France ». En une semaine à dix jours va apparaître une voiture complète, Peugeot 504, Renault 4, ou encore un hybride mi japonaise-mi européenne. Une fois peinte, je vous mets aux défis de faire la différence avec cette voiture sortie des usines de Sochaux ou d’ailleurs !  Or elle n’est que bouts de ferrailles et… talent.

 

L’Afrique a un avenir si elle comprend enfin que la démocratie n’est pas un outil politique inadapté à ses traditions, mais un outil de développement économique. L’Afrique doit trouver ses voies, ou plutôt, elle doit construire ses voies car l’Afrique est unique et complexe. Ses forces sont la mobilité mentale et l’attachement à des valeurs qui lui sont propres.

 

Mais l’Afrique trouvera aussi sa place quand elle acceptera le mélange tout en préservant ses valeurs et ses cultures, car l’Afrique est raciste dans ses cultures, bien avant l’arrivée des Occidentaux, elle a segmenté ses forces. Nos peuples basent leur regard sur le racisme et cela va très loin. L’autre est-il humain ?

 

Mais cette Afrique segmentée sait aussi s’accommoder des différences. Assane, mon ami, mon double est Nègre et noir, comme je suis Nègre et blanc. Nous connaissons nos différences, nous nous respectons, nous savons jouer de nos différences, de nos complémentarités devrais-je dire. Nous sommes tous deux les enfants de l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui. Nous travaillons comme un seul être, nous sommes les deux faces d’une même pièce, si différents et pourtant à nous deux, nous ne constituons qu’une seule pièce ! Une des chances de l’Afrique est et sera sa mixité… Si ses dirigeants l’acceptent. Si ses peuples arrivent à ne pas perdre tout de nos cultures traditionnelles et s’accaparent les bons cotés des cultures qui nous bousculent depuis 200 ans.

 

 

L’Afrique devient une puissance industrielle… cela étonne, dérange, questionne… cela est une réalité complexe comme tout ce qui touche à notre continent.

 

 

* Nègre est une appartenance à une culture et des races, pas une couleur de peau (même si ce terme scientifique de race déplait aux législateurs et intellectuels français – il y a en effet une espèce humaine composée de races… comme dans tout le règne animal – il faudrait bien qu’un jour les « politiques » français fassent un peu de science et moins de pirouettes linguistiques pour faire passer leur idées, bonnes ou mauvaises sur le genre humain). Notre illustre parent, voisin et ami de mon grand père, Léopold Sédar Senghor, n’a pas inventé le terme « noiritude » pour parler de nous, mais bien celui de Négritude. En cela il ne se trompait pas, il parlait de nos cultures, de nos races, de notre appartenance à cette terre d’Afrique et non à la couleur de la peau de certains d’entre nous.

Je suis Nègre… mais je ne suis pas noir !

jean-françois floch
Danse Traditionnelle

Légende photo « Danse Traditionnelle »

Au pays Onhaki (se prononce Oniaki) dans l’archipel des Bijagos, les dauseurs, qui sont des personnages importants de la vie traditionnelle, rythment tous les événements. Ici un danseur « taureau sauvage » qui représente la force animale de la jeunesse en opposition avec l’age mûr qui est sensé représenter la contrôle de soi.

jean-françois floch
danseurs traditionnelles

Au pays Onhaki, lorsque les danseurs sacrés passent devant un village, ils doivent y entrer et effectuer une danse… sauf que cette intrusion dans le village est aussi une sorte de provocation. Il y a échange de feu (celui de l’extérieur du village et échangé par celui du village) et les jeunes du villages vont s’opposer à la venu des danseurs. Cela est un jeu… qui peut devenir violent.

 

jean-françois floch
femme Onate

Mon ami Onate était le Roi de N’Dena (le village du centre – et donc le plus important – de l’île sacrée de Kanhabaké) et donc aussi le Roi des Rois. Il a été empoisonné par jalousie. Sa femme (sur la photo), une femme de caractère, a été abandonnée par le village. Pendant deux ans, je ferais en sorte qu’elle ne meurt pas de faim. C’est une amie qui sait prendre sa place dans la communauté traditionnelle. Chez nous les Nègres « traditionnels » la femme est au centre et en haut de notre communauté.

jean-françois floch
Légende photo « Initiés »

Ces guerriers en initiation viennent de passer 4 ans en brousse, je les reverrai à la fin de l’initiation… 5 ans après cette photo. Ils ne seront plus que l’hombre d’eux-mêmes. 9 ans de l’une des plus dure initiation du continent. A l’heure d’internet et du téléphone portable, je pense que les jeunes n’accepteront plus de passer par de si longues et périlleuses périodes d’initiation. C’était peut-être la dernière grande initiation des hommes du peuple Onhaki.

Fétiche sacré

Mon ami le sculpteur traditionnel a eu deux ans d’initiation spécifique pour savoir réaliser ce fétiche… et deux ans de plus d’une autre initiation spécifique pour avoir le droit de le réaliser. Ce fétiche n’avait plus été réalisé depuis 1853 ! En 2011 il m’annonce qu’il l’avait fini… Nous le découvrons dans le bois sacré.

Tonnelle sacrée

Chez nous autres Nègres traditionnels, le sacré ne veut pas dire, ne veut jamais dire richesse. Ce lieu est la Tonnelle du Roi, l’espace où se réunissent les Homi Grande (homme et femme) lors des réunions importantes… mais publiques. Si non, cela se passe dans le bois sacré où seuls les initiés peuvent venir. Celui qui étale sa richesse s’il en a ou se fait payer pour un service traditionnel ne peut pas être un Homi Grande important.

Jean-françois floch
Yak

Ma chère Yak, espiègle petit bout de femme qui s’est cachée à ma vue pendant 7 longues années… le temps de vérifier que j’étais bien initié et habilité à parler avec elle des choses secrètes de nos mondes traditionnels. Yak est aujourd’hui morte, elle s’est fait enrouler dans la couverture rouge que je lui avais offerte. Elle était heureuse de finir sa vie, elle avait fait tellement de cérémonies, géré tellement d’événements pour les siens qu’elle voulait arrêter là sa route. Elle le fit avec son incroyable sourire à la vie. Yak était le personnage la plus important de notre communauté traditionnelle. Yak, merci de tes sourires et espiègleries. Tu étais un sacré bout de femme. Je garde dans mon regard tes yeux malicieux et cette photo floue.

Jean-François Floch
Piscabolo

En 2006, 5 mois d’expédition dans l’archipel des Bijagos. Mon bateau construit sur mesure pour cette expédition sera très vite renommé Piscabalo (l’hippopotame), car il ne ressemblait à aucun autre et s’il passé quelque soit l’état de la mer. Chargé, insubmersible, il naviguait souvent entre deux eaux avec 5 à 10 cm d’eau sur le pont, d’ou son surnom !

Jean françois floch

 

Au bout de 5 mois de terrain et 10 kilos de perdu en chemin, l’Homi Grande, le Nègre blanc est fatigué… demain il va retourner en Occident. Il ne sait pas encore, que dans une poignée de jours, à la demande de sa scientifique de femme, il va se lancer dans une nouvelle aventure : créer une biotech et un laboratoire de pointe pour développer un médicament contre le cancer et le premier test de dépistage précoce du cancer. En 2017 le test entre sur le marché, il va révolutionner la perception que l’on a du cancer… C’est une Occidentale qui est à la base de cette découverte… et un Nègre qui a construit les outils pour que cela devienne réalité.

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